nous nous façonnons à l'autre: l'immunité est coopération, et non frontière
Cellules
Ayant entrepris des études médicales avec un objectif "tiers-mondiste", nourri aux idéaux des années 1970, je bifurquai rapidement au cours de mes études vers la biologie, et plus précisément
l'immunologie parasitaire, science des interactions entre cellules et entre organismes, et qui devait me donner accès à ce continent africain qui me fascinait.
L'épidémie d'infection par le VIH réorienta mon activité; assistant technique en Afrique de l'Ouest, je contribuai à la formation de jeunes chercheurs et à la mise en place d'un des tous premiers
laboratoires de suivi du SIDA au Burkina Faso, analysant l'histoire naturelle de l'infection afin de définir les moyens de sa prise en charge.
Ayant noué des collaborations avec l'Institut Pasteur de Paris, j'y travaillais ensuite durant six années sur un plan plus
fondamental, analysant les relations entre mort cellulaire par apoptose et progression de la maladie, et l'impact immunologique et métabolique des trithérapies (récemment rendues disponibles
et révolutionnant le traitement).
Corps
En parallèle, ressentant le besoin d'un retour - ou enfin d'un accès - à la clinique, j'effectuai des visites médicales de prévention auprès des migrants récemment arrivés en France. J'étais
alors mis en contact avec les réalités humaines, et médicales, et le traumatisme de certaines migrations, en particulier chez les demandeurs d'asile, victimes à la fois de sévices dans leur pays
d'origine et de préjugés dans leur pays d"accueil", et consacrai de plus en plus de mon temps à cette activité médico-sociale, d'autant plus que la dégradation des conditions d'une
recherche biologique indépendante des pressions de l'industrie pharmaceutique me conduisait à quitter l'Institut Pasteur.
Psyché
Les migrants - ces "indésirables" tant décriés - devaient alors me permettre un accès à la douleur et à la mort, non plus au niveau cellulaire au travers de microscopes et autres lasers,
non plus au niveau des corps, mais bien directement par l'attitude empathique adoptée lors de la consultion du
patient traumatisé. Cette nouvelle période devait me permettre de "cristalliser" des incursions en sciences humaines (philosophie, psychanalyse, sociologie, poésie) que je n'avais cessé de façon
plus ou moins informelle d'entreprendre depuis une quinzaine d'année.
L'abord de la santé en "fait social total" allait également m'amener, dans une phase plus récente encore, à la révolte contre le système techno-biopolitique actuel.