la psychanalyse au risque du sanscrit
L'abord de la notion de Soi dans la
tradition indienne est riche d'enseignement quand on la confronte aux données de la psychanalyse. Si Freud a eu le génie - et la rigueur nécessaire - pour définir la technique
psychanalytique, il ne put - ou ne voulut - céder à l'orientalisme alors ambiant, craignant un amalgame de la psychanalyse avec les occultismes alors également florissants en Europe, et cherchant
à l'assoir sur un réductionnisme organique. Mais il est bien évident, comme en témoigne le premier chapitre de Malaise, qui cherche à "évacuer" le "sentiment océanique" comme constituant
normal de la personnalité adulte, que cette approche de l'inconscient "oriental" ne lui était pas si étrangère.
Les disciples anglo-saxons (Winnicott, Bion), et A. Green par exemple en France, développeront des concepts (espace
intermédiaire, diachronie) qui reformuleront sous le "facet-design" oriental, et non plus avec la linéarité des
stades de développement freudiens, certains concepts de la psychanalyse.
L'approche comparative par le sanscrit de la philosophie indienne, telle que développée par exemple par F. Zimmermann à l'EHESS, permet d'intégrer les
concepts de connexion (plutôt que de causalité), de lien instantané sujet-objet via les organes des sens
(plutôt que de représentation de l'objet), de conjonction signifiant-signifié-chose
On peu ainsi peu-à-peu proposer une intégration de certains concepts psychanalytiques et indianistes de la personnalité, malgré l'illusion occidentale de la notion de moi (de l'ordre de la maya),
et dans une conception du temps en succession d'instantanéités sans lien de causalité. L'immunologie du Soi, par certains aspects, rejoint cette recherche.
Enfin, dans certaines situations extrêmes difficilement théorisables et mal
abordables par la psychanalyse (psychose, traumatisme, camps, amour, handicap, douleur,
mort), l'approche des "philosophes de l'immanence" de la "lignée bergsonienne" (Deleuze, Canguilhem, etc...) nous semble également permettre de proposer des approches pertinentes et originales (à
nos yeux occidentaux) de la compréhension de ces phénomènes.