Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
/ / /

Exil et traumatisme  

La douleur comme processus de sauvegarde  du sujet


la douleur et le spectre de la dispersion: (1) exil et traumatisme

(2) La douleur sur le ruban de Moebius du Moi
douleur (3): chaos de la grotte, condensation du genou
la douleur (4): une limite instantanée du sujet non tamponnée par la mémoire





5.5. Empathie, traumatisme secondaire, et hallucination négative de la douleur



Il y a dans cette énergie "libre" du traumatisme, parfois partiellement enkystée dans la douleur somatique, mais facilement mobilisable, une porte d'entrée singulière et criante vers la psyché ( "je ne suis pas fou, je ne suis pas fou", crie le patient 30- Grotte ).

 

L'empathie est-elle une technique psychanalytique ?

L'empathie[1] est elle l'outil classique d'accès au moi du patient souffrant de traumatisme, ou simple réceptivité à ce bouillonnement énergétique ? Selon J.P. Wilson[2], il y aurait plusieurs modes d'entrée, à adapter selon la symptomatologie de celui-ci: résonance émotionnelle avec ses réexpérimentations du traumatisme; demande de précision du récit dans les symptômes de déni ou d'évitement; connexion à l'événement dans les situations d'hyperréactivité; interprétation des projections inconscientes de l'expérience traumatique. L'empathie permettrait au thérapeute d'adapter (par "tuning") sa réceptivité à l'un ou l'autre de ces différents canaux d'information. Mais une "matrice contre-transférentielle" peut interférer avec la "synapse empathique" et perturber ce flux d'information[3]. Une théorie de l'information adaptée au transfert et contre-transfert ? Une différence notable est que, contrairement à l'affirmation de Wittgenstein, dans le cabinet du clinicien, du non-exprimé se transmet également, l'échange ne porte pas uniquement sur des mots et des postures, mais sur des affects et des traces mnésiques. On rejoint plutôt V. Jankelevitz, dans le deuil de la passéité, cette couche la plus superficielle de notre essence apatride[4], et la plus directement douloureuse peut-être, que l'empathie semble  toucher. On est en fin de compte transporté avec le patient dans cette période de son passé (une façon de faire interdite contre laquelle Freud m'avait mis en garde), avec, pour résultat, que nous-même comme le patient croyions en cette réalité, c'est-à-dire en une réalité existant dans le présent et non momentanément transposée dans le passé[5]. L'empathie serait de nature sensorielle, aurait une dimension consciente et inconsciente, serait en rapport avec la synesthésie[6]. L'empathie est peut-être ce qui superpose un fragment de notre espace intermédiaire avec un fragment de celui de l'autre. Avec un traumatisé, les fragments, c'est plus facile.

Listen to the voices of trauma. Can you hear their cry ? Their pain exsudes emotional blood from psychic pores. (...) Bodies hold memories, secrets and scars locked into sinew, glands and neurons.

J.P. Wilson

 

S'agit-il vraiment d'ouvrir un "espace intermédiaire" comme le suggère E. Pestre[7] ? Quelque chose du registre "je sais bien que... mais quand-même" ? Un objet entre le réel et le symbolique ? Dans sa déréalisation, le patient n'a-t-il pas au contraire besoin progressivement de s'affirmer sa réalité, la réalité de son expérience passée, et une zone transitionnelle thérapeutique ne risque-t-elle pas de le perdre encore plus dans cet entre-deux ? Il s'agit plutôt rechercher des directions de sens en interpellant l'avant et l'ici, et par rapport au déni du traumatisme, à amener peut-être le patient à se faire lui-même, paradoxalement, la violence de l'annonce. L'attitude thérapeutique empathique est-elle une démarche psychanalytique ou phénoménologique ?  Donner des dimensions de sens,  Daseinsanalysis... être là... est bien le but, pour un sujet qui a tout fait lors du traumatisme pour ne plus être ici. Analyse du vécu du corps, support de la pensée, corporéité. Exagération des directions de sens dans la dissociation ("j'ai confondu les sens dans le RER", "c'est comme si je passe par la fenêtre quand du noir entre dans ma tête"), comme dans la l'ascension de la psychose ou la chute de la mélancolie. Matérialisation du vécu., spatialisation, temporalisation, faire redevenir le patient plus proche de lui  ("maintenant je sens quelque chose" dira un autre patient), autant de stratégies phénoménologiques. Et puis, d'autre part, ce "Ici vous pouvez garder un secret si vous le voulez", garantie donnée à la liberté du patient, nuit-il au transfert, dont le véhicule est lui "ici c'est un endroit où l'on peut tout dire" de la cure psychanalytique ? Le thérapeute n'est il plus alors d'emblée considérable comme celui supposé savoir ? Le contre-transfert aurait bien dès lors la primauté sur le transfert, comme le pensait Ferenczi.

 

 

Traumatisme secondaire et contre-transfert

 

Comme si des volontaires seuls pouvaient entrer dans ces régions[8]

 

L'empathie en contre-transfert positif à priori, avant la rencontre, car la dimension testimoniale, de complicité, est nécessaire à l'entretien, surtout en milieu associatif, où "il est requis de montrer patte blanche,  le négationnisme étant le même processus que le génocide[9]". Mais un contre-transfert négatif peut diminuer l'empathie, l'abolir même. "Comment cet ancien enfant soldat peut-il s'exprimer de façon aussi détachée au journal télévisé ?" Nécessité, comme pour le contre-transfert, d'une analyse continue de son empathie. Diminution de l'intensité empathique, aussi, en protection contre le traumatisme secondaire du thérapeute, exposé à l'angoisse contagieuse du patient, se demandant parfois s'il n'aurait pas été "plus facile" de "respecter" l'enkystement de la douleur dans l'organe somatique (patiente 4-Genou) plutôt que de se retrouver immergé dans un inconscient collectif de la douleur, qui baigne bourreaux/victimes/témoins/thérapeutes, ou dans une communauté de ceux qui vivent avec le sceau de la souffrance[10]. Immergé dans le centre de leur vie, témoins d'un processus séculaire, aux dimensions planétaires[11]. Dans le PTSD, la plainte première du patient n'est pas le plus souvent la douleur physique, bien que quasi-constante; sa révolte est dirigée contre les "flash-backs", les insomnies, les invasion psychiques, les déréalisations; la douleur est le mode vécu par le thérapeute de cette invasion du patient, la solution thérapeutique du technicien de la santé, et la morale du missionnaire médical.

 

Il n'existe pas d'égoïsme spirituel. Ce qui existe c'est l'égocentrisme (...), celui de  tous les poètes lyriques et des philosophes, qui incluent simplement toute la douleur d'autrui dans la leur. C'est encore plus simple; ils ne font pas de différence entre leur propre douleur et celle d'autrui[12].

 

Le contre-transfert massif survenant chez le clinicien confronté à l'extrême du traumatisme a été amplement documenté par E. Pestre, en particulier en parallèle avec "l'aliénation momentanée de l'analyste", sentiment d'invasion par une étrange étrangeté, par l'autre, qui se produit à l'occasion de séances auprès de patients psychotiques. Avec les traumatisés, il me semble que l'on n'est pas exactement dans cette impression de fusion des egos, mais, certainement, dans une expérience de résonance psychique intersubjectale. Qui fait écho aux visions orientales de non-existence du sujet psychique individuel, de l'existence de différents niveaux de perception des états de conscience. La douleur, tout simplement, utilise le canal empathique qui a été ouvert par l'entretien. Comme la radiation haine peut utiliser l'autre canal ouvert par l'état amoureux. Une sorte de sadisme inversé: on ressent la douleur de quelqu'un à qui l'on veut du bien. R. Marion-Veyron[13] analyse en trois temps cette contagion, tout d'abord en accès à la "possession" du patient, un lieu inaccessible au discours, perception du tréfonds du psychisme, quelque chose d'indifférencié et de fondamental, en lien avec le processus primaire, ou le réel de Lacan; une phase de dépossession du thérapeute par ces réalités indicibles qui ouvrent à sa propre ambiguïté psychique, au ressenti confus de son origine la plus enfouie, au sentiment océanique, et qui sera immédiatement neutralisée par intellectualisation; une phase thérapeutique proprement dite de réinscription contextuelle, du principe de réalité rappelé à la fois au patient et au thérapeute, un discours éthique[14]: l'"intentionnalité" de Ferenczi.

 

« Un sentiment pénible, d'impudeur et de voyeurisme s'empare de celui ou celle qui cherche à comprendre la cruauté des hommes »[15]. Paraphrasant R. Weintrater, on peut dire que l'engloutissement, la fascination pour les événements traumatiques extrêmes ne sont pas de la jouissance. Il faut l'accepter comme un moment inévitable, sans honte de ce voyeurisme ressenti, de cette addiction au récit traumatique qui peut être associée même à une impression de fadeur de la vie, sentiment de manque... La théorisation, défense professionnelle, refroidira ce contre-transfert. Notre symptôme est de chercher à savoir. Nous détestons la violence et sommes en même temps fascinés par elle. Une  loi animale ? Freud nous disant, dans Malaise, que pulsion de mort et de vie agissent toujours simultanément et non distinctement, n'est pas loin des adages taoïstes: les hommes, du point de vue de la sensibilité, sont ainsi faits qu'ils se sentent heureux dès qu'il ne souffrent plus et malheureux dès qu'on les prive de ce qui faisait leur bonheur. Aussi ne peuvent-ils, vivants, éprouver le bonheur qu'en ayant la conscience malheureuse de la mort[16]. Le système biopolitique tend à nous proposer une société indolore, au sein de laquelle, bons citoyens, nous  cherchons à nourrir notre pulsion sous-alimentée, grâce aux légaux jeux du cirque.

 

 

Tout nous est trop facile, trop aisé, nous voyageons trop rapidement dans le passé, dans le futur, en haut, en bas, à droite, à gauche, obliquement (...) Tout est par trop indolore pour que l'homme ne bute pas enfin sur soi-même et ne reste en panne, un beau matin, en nouant sa cravate.

Blaise Cendrars[17]

 

 

Hallucination négative de la douleur

Du fait de la structure archétypale du traumatisme, de l'intensité du complexe traumatique chez les survivants, et de la résonance par empathie avec le "noyau traumatique" du thérapeute, les voix et les figures du trauma des patients sont douloureuses et difficiles pour celui-là. Une radiation douloureuse pregnante lors de l'entretien. Une consommation d'énergie psychique, une fatigue à assurer le bon "tuning" de la résonance empathique. Un sentiment d'inefficacité à soulager la douleur. Une fascination/culpabilité/manque confronté à cette radiation douloureuse. D'où un risque de "détresse empathique"[18], du registre du contre-transfert. Et les images traumatiques ne sont que le sommet de la vague qui maintient le sujet sous la surface, images de l'expérience abyssale. Traumatisation secondaire du thérapeute, fatigue de compassion, angoisse de la seconde consultation (parce que le climat de la première a provoqué déjà le "flash" de Balint, le ressenti de la trajectoire du patient, et que le reste semble vain... un peu comme rédiger ce mémoire une fois que les idées ont déjà été mises dans le sac primordial), processus contre-transférentiel associé au traumatisme. Trop douloureux de savoir là la douleur de l'autre, alors on "detune" sur cette fréquence là: scotome du thérapeute sur la douleur. Le traumatisme secondaire travaille: dissociation, clivage, amnésie sélective de l'événement traumatique: la douleur du patient. On négative le mot douleur dans les items du PTSD. On ne nomme pas la douleur par trop insupportable: absence de représentation, absence du mot. Une seule entrée pour "pain", trois lignes page 34, dans une "bible" de 700 pages sur le PTSD[19]. Toilette contre-transférentielle et théorisation sublimatoire... On peut ajouter l'amnésie sélective de l'affect douleur  aux "stratégies de survie chez le thérapeute" (interruptions de la pensée, cauchemars, sensations d'endormissement à des moments spécifiques de la cure, etc...)[20]

 

Hypothèse 2: le canal empathique n'est pour rien dans le traumatisme "secondaire", et cette "réception douloureuse" n'émane pas du patient mais bien du thérapeute lui-même, à l'image d'un syndrome de Stendhal[21] où l'accumulé psychique correspondant au lieu enfin visité resurgit sous forme quasi-hallucinatoire dans une étrange ambiance de communion avec cet objet[22]. Quelque chose du processus primaire, en somme, plus que d'une mystérieuse communication avec l'inconscient de l'autre.

 

 

5.6. Mort et clivage: du "musulman" au mystique

 

Amalgame ?

En amalgamant plus ou moins ouvertement exil, migration, torture, en considérant les témoignages et les pathologies des patients victimes de sévices comme représentatifs, au moins par le  haut, de la douleur de la privation de lieu, en considérant même la mort dans ce registre, évoquant les cris de ceux qui n'ont pas survécu, y-a-t-il tromperie à la lecture ? Non, car la torture devient une "pratique administrative" régulière en de nombreux pays, une routine, un "moyen de gouvernement" (...) qui ne survient pas aux extrêmes bords de la civilisation[23]. Nous sommes bien en plein dans les outils du biopolitique: elle (la torture) grandit au rythme de la centralisation technocratique. Finalement nous ne faisons que rapporter les derniers cris d'exil confrontés à la grande uniformisation, fragments de sujet pris au filet, retour de voix de ceux qui ont disparu sous le système. Leur douleur est pour la loi une prise sur le corps et leur aveu est pour le pouvoir un simulacre de crédibilité. (...) Dire la torture c'est rendre sa pertinence au tranchant et au travail de l'histoire, c'est-à-dire à la douleur, qui ne cesse de faire coupure dans les "fictions" du savoir.

 

Les rescapés.... et les naufragés: la mort

Dans les témoignages, les cauchemars, reviennent souvent  le "sang des amis morts", "je revois des morts", "des animaux bizarres", "de grands chiens noirs", "le jour comme la nuit je vois des images de mort partout, je me demande même si c'est moi ici, est-ce que je suis vivant ?".  "J'ai pu m'évader ... en me faisant passer pour mort... les balles pleuvaient... J'ai piétiné des corps décomposés"... P. Levi, rescapé des camps, annonce d'emblée que son témoignage n'est pas autorisé, car ceux qui ont vraiment vécu l'abîme de la douleur n'ont pas survécu. Mais il décrit le déporté  engagé sans retour vers la mort, que les autres prisonniers dénomment le "musulman"[24]. Mort-condensation, repli: celle du "musulman", que l'on reconnaît, plus peut-être qu'à son comportement apparemment résigné, à ses yeux sans regard, sans éclat, des yeux qui regardent à l'intérieur, mais l'intérieur qui se vide, douleur du vide ici[25]. On a conteste parfois "l'humanite de celui qui semblait avoir abandonne l'espoir. Mais le "musulman" manque d'eau, de vie, et pas d'humanité; le musulman imaginaire des juifs des camps n’est pas  un passage outre la frontière de l’humain, il correspondrait plutôt à quelque chose comme une  « manœuvre » qui surnomme pour survivre[26]. Clivage des survivants, une partie seulement du sujet meurt, et se retrouve dans le sac vidé - mais pas indolore, et donc humain - des "musulmans", isolés et abandonnés, communauté imaginaire mais qui donne du jeu aux "autres" qui la nomment. Sans doute dans le flot de douleur émanant du patient traumatisé par la torture ou le camp-grotte-prison sommes nous proches de la mort-folie, mort-expansion, tandis que le non-survivant a glissé dans la mort-contraction. Sans doute sommes nous bien en contact avec la mort au travers de la douleur, et sans doute là est cet attrait irrésistible pour cette angoisse unique. L'attrait pour la douleur n'est qu'expression de la pulsion de mort, extraordinaire et fondamentale théorisation de Freud. Dans l'abord du sujet traumatisé, nous nous trouvons sur le versant douleur de la mort et nous abordons quelque chose d'une même entité "musulman-survivant", avant qu'elle ne se clive et  circule  d'un côté vers l'inaccessible de la condensation, du trou noir de douleur, de l'autre vers le big-bang immano-mystique bergsono-deleuzien. Finalement le traumatisé, par sa dissociation, a échappé  à la condensation totale par la douleur, n'en possédant que des noyaux organiques autour desquels gravite une atmosphère criarde, instable système subjectal tiraillé entre expansion et rétraction. Il n'y a certes pas d'"inhumain, de non-humain ou d'a-humain"[27] chez le survivant, mais une ouverture du sujet sur ces domaines si humains de la mort. Un saut dans le fonctionnement qualitatif et non une simple dérive quantitative par rapport à la normale, suivant Canguilhem. Face non plus à la maladie mais à l'immersion totale dans une incompréhensible horreur, un fonctionnement à l'extrême limite des sujets possibles, mais sujet quand-même, ce qui amène P. Levi à critiquer l'approche psychanalytique de la pathologie des survivants, qui veut utiliser les théories de la géométrie plane à la résolution des triangles sphériques. Les mécanismes mentaux des déportés étaient différents[28]. Peut-être touche-t-on là une limite dans la clinique du trauma, dans l'analyse de l'exceptionnel[29]? Selon Ferenczi, la fragmentation, mécanisme de défense et d'adaptation lié aux forces d'auto-conservation, pourrait parfois faire place à un abandon total de la maîtrise extérieure et l'instauration d'un état au cours duquel devient concevable de se réconcilier même avec la destruction du moi, c'est-à-dire avec la mort, en tant que forme d'adaptation, délivrance, libération, trouver place dans un état d'équilibre supérieur, peut-être universel[30]. Dans la "mélancolie compliquée" du traumatisme, l'absence de manifestations apparentes de renversement maniaque pourrait s'expliquer par le fait que ces expansions de joie ou d'ivresse[31] se déversent dans la partie poreuse du sujet clivé, celle de la mort-folie, en expansion maniaque, tandis que l'autre pôle - ou plutôt  l'autre sujet - se condense, se vide de l'intérieur, par diarrhée du moi, pour donner le "musulman". Le sujet survivant devra rejointoyer son "musulman" à son "mystique", le naufragé choisir peut-être entre son type de mort. Le traumatisme conduit à la fois au "musulman" et à sa rétraction douloureuse sur le corps-condensation, et au mystique qui s'enfle à l'océan-folie par l'inflammation psychique[32]; le problème du traumatisé c'est qu'il se souvient confusément et impérieusement d'avoir été ces deux sujets-douleur en même temps. Refaire du lien entre le corps organique obligé de vivre, un être qui ne veut plus rien savoir de la vie (le moi assassiné), (...) et les restes de l'être humain, masse affective séparée, inconsciente[33]: l'objectif n'est ni plus ni moins qu'une réincarnation, la douleur en sera l'outil obligé.

 

Un fil ténu et invisible, mais pas de rupture avec l'espèce:

 

"Vous ne croyez quand même pas que je vais arrêter mon travail parce que vous m'examinez", me dit la patiente. Et d'exhiber pelotes de fils, de déplier gigantesque nappe à broder de dessins, d'une consultation l'autre, étirant ostensiblement le fil entre ses deux mains dès la salle d'attente.  Déjà, au pays, elle faisait des tricots pour des "Barbie". En prison, on ne lui avait laissé qu'un pagne pour se vêtir, elle l'esclave, les viols; quand elle s'évadera elle arrivera à Roissy avec juste ce pagne.

 

 

Vers une anthropologie psychanalytique du clivage

Simplisme du manichéisme.  Nous sommes tous des Kapos, dans la zone grise, celle qui rend l'effroi indéchiffrable, acide sulfurique qui dissout la peau-limite[34]. Une haine de nous vers nous, à la fois prisonniers et acteurs de la souffrance, sado-masochisme, besoin de filmer, capter, la souffrance des autres. L'empathie aurait quelque chose à voir avec la haine. Seule une rhétorique schématique peut soutenir que l'espace qui sépare les victimes des persécuteurs est vide: il ne l'est jamais, il est constellé de figures abjectes ou pathétiques[35]. Une sorte d'espace intermédiaire de la douleur peut-être, entre haine et amour.

 

Zone grise. Des trois travailleurs du chantier d'extension du centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot, et interpellés parce qu'en situation irrégulière, bien qu'embauchés par le Ministère de la Défense, deux ont été placés en rétention dans ce même centre, le troisième libéré avec un arrêté de reconduite à la frontière[36]...

 

Vivre est un lieu où c'est impossible

(...)

Le droit à ma carte de séjour

Je le piétine !

J'en ris !

Marina Tsvétaïéva[37]

 

 

 

Traumatisme collectif de l'immigration, de l'exil, mémoire traumatique collective, clivage culturel du traumatisme de l'exil, dissociation et réactivation de l'exil: l'adaptation à un autre site social  provoque aussi la mise en morceaux des références anciennes et, parmi les débris qui en restent attachés aux voyageurs, certains se mettent à jouer un rôle intense et muet. Ce sont des fragments de rites, de protocoles de politesse, de pratiques vestimentaires ou culinaires, de conduites de don ou d'honneur. Ce sont des odeurs, des citations de couleurs, des éclats de sons, des tonalités... Ces reliques d'un corps social perdu, détachées de l'ensemble dont elles faisaient partie, acquièrent de ce fait une force plus grande mais sans être intégrées à un tout, comme isolées, inertes, plantées dans un autre corps, à la manière des "petits bouts de vérité" que Freud repérait précisément dans les "déplacements" d'une tradition[38]. Elles n'ont plus de langage qui les symbolise ou les réunisse. Elles ne forment plus une histoire individuelle qui naîtrait de la dissolution d'une mémoire collective. Elles sont là comme endormies. Leur sommeil pourtant n'est qu'apparent. Si on y touche, d'imprévisibles violences se produisent[39]. Score maximale si l'on reprend à la lecture de ce texte les items PTSD du DSM-IV. Ou comment les politiques d'intégration par trop incitatives tendent à perpétuer le traumatisme de l'exil au niveau du groupe social... Banlieues, attention, danger: réactivation. L'exilé nous rapporte peut-être à la notion cosmopolite qui, dans la cité grecque, désignait le "citoyen du cosmos", une possibilité de personne civilisée n'appartenant à aucune "polis" donnée, aucune communauté particulière. Le cosmopolitisme, opposé de l'intégrisme, repose sur deux axiomes, universalisme et respect de la différence. Des individus tels qu'ils sont, avec des identités métissées, des identifications multiples entre lesquelles ils circulent[40]. Mais corps qui toujours se révolte plutôt que corps soumis à l'autre[41], corps qui parle à l'insu de l'autre, ayant appris à échapper à la chaîne signifiante, refusant à nouveau de s'y inscrire. Telle est peut-être le message plutôt que la demande de l'exilé.

 

 

Refus d'être. De suivre.

Asile des non-gens:

Je refuse d'y vivre.

Avec les loups régents

Des rues - hurler: refuse.[42]

 

 


 

L'exilé, figure de la mélancolie

Dans Complément métapsychologique à la théorie du rêve[43], Freud propose trois "prototypes normaux d'états pathologiques", le deuil, l'état amoureux, et le rêve. On pourrait proposer d'y adjoindre l'exil. Clivage d'avec l'environnement et régression dans le sommeil, fusion avec cet environnement et mise à l'écart du surmoi dans l'amour, amputation de la partie du moi identifiée à l'objet dans la mélancolie, amputation du moi et trahison  du surmoi et perte de l'environnement dans l'exil. Mélancolie du voyage non circulaire qui ne peut s'arrêter sur aucun objet, ni revenir.  Evidement initial et intrusion perpétuelle, jusqu'au retournement mystique. Ecrire c'est mourir , disait Michel de Certeau[44]. Ce spécialiste des effervescences mystiques du dix-septième siècle a théorisé cette parole mystique en retour dans l'oralité des césures induites par l'écriture, en revendication populaire de ce qui a été refoulé dans la normativité de l'écrit, dans le décalage entre un dire et un faire des institutions, et dans le manque des constructions historiques. Lui-même, par son écriture inchoative, pansait cette absence qui le contraignait à marcher inlassablement vers l'autre, dans un exode indéfini du discours. Exilé des institutions, un lourd traumatisme familial inscrit dans son corps, laissant à sa mort un ouvrage inachevé sur le corps torturé prenant le relai de la parole impossible des mystiques[45], il est considéré par un de ses biographes comme une figure de la mélancolie[46]. Par analogie, pour le sujet exilé, parler c'est mourir. Sous la torture comme sous les exigences intégratives, normatives du pays d'accueil, parler c'est perdre ce qui est moteur pour le sujet en s'inscrivant dans les chaînes signifiantes de l'autre. L'écrit est à l'oralité ce que le langage est à la douleur chez l'exilé: un deuil constant d'une part de soi-même, une identification à l'objet jeté[47], qui ne peut être assigné à un lieu, un évidement par une sorte de consommation d'organe[48], et un renoncement à ce qui a mis le sujet en mouvement. Comme chez Winnicott, pour qui le sujet dans sa construction psychique marche vers cette mutilation, cette absence, cet effondrement qui a déjà eu lieu. L'exil est une douleur en mouvement, la torture brise le sujet dans le même mouvement que l'exil, intrusion continue: corps décapités et démembrés, morcelés, articulables et désarticulables, tombant en pièces (...), déjà morts. Cette défection de la "symbolique" (ou cohésion) corporelle généralise à chaque individu la nostalgie qui ne concernait que l'androgyne primitif dans Le banquet de Platon: "Nous étions d'une seule pièce"[49]. Clivage primordial qui instaure la question du sujet, dans la douleur. Trois types seulement de traitements possibles: curatif (suture, couture, de l'amour sexué); symptomatique (baume de l'amour sublimé); palliatif (peau poreuse de l'amour mystique).

 

L'exilé existe d'un départ l'autre, d'une révolte l'autre, d'une douleur l'autre, il sait qu'il sera toujours entre ces noeuds qui témoignent de sa trajectoire, disent son passé, développent son futur. La douleur en action et en présent quand le reste de la trame s'efface et peut sembler rêvée. Il faudra poursuivre la douleur (ce besoin de vivre) sur le voyage (ce besoin de mourir) à ses limites: fragmentation et suture. Paraphrasant M. de Certeau, aux images troublantes du fou, de l'idiot, de l'enfant, de la femme, de l'errant, du mystique, qui se dérobent au pouvoir (et au miroir) de l'institution et ouvrent d'autres lieux pour restaurer la communication[50], nous proposons d'adjoindre ce héros déchu, brisé, mais en devenir, le migrant traumatisé: ici, une intelligence naît d'être atteinte.

 

 

J'avais perdu la douleur, elle était pour ainsi dire sans objet, elle se bâtissait sur le passé. Ici l'espoir est entier, la douleur est implantée dans l'espoir.

                                                                            Marguerite Duras[51]

 

 

Une fois mise en émoi, la Nature éprouva de la douleur. Elle accorda à Morphaia d'explorer le ciel[52]

 




Bibliographie

 

ADELKHAH F. et BAYART J.F. (sous la direction de), Voyages du développement. Emigration, commerce, exil,  Ville: Karthala, 2008.

 

 

 

BENSLAMA F., La représentation et l'impossible, Evolution psychiatrique, n°3, 66: 448-66, 2001.

 

 

 

BERLINCK M.T., La douleur, Champ psychosomatique, L'Esprit du temps, 3:81-96, 2005.

 

 

 

CALIANDRO S., Empathie et esthésie: un retour aux origines, Revue française de psychanalyse,  n°3, 68:791-800, 2004.

 

 

CAMPEN (van) C., The Hidden Sense: Synesthesia in Art and Science, MIT Press, 2007.

 

 

 

CANGUILHEM G.,  Le normal et le pathologique, Paris: PUF, 1966.

 

 

CERTEAU (de) M.,  L'écriture de l'histoire, Paris: Gallimard, 1975.

 

CERTEAU (de) M., La fable mystique, tome I, Paris: Gallimard, 1982.

 

 

 

CERTEAU (de) M., Histoire et psychanalyse entre science et fiction, Paris: Gallimard, 1987.

 

 

 

CERTEAU (de) M., La prise de parole et autres écrits politiques, Paris: Seuil, 1994.

 

 

COMEDE (ouvrage collectif), Guide pratique 2005 de prise en charge médico-psycho-sociale des migrants/étrangers en situation précaire, Paris, INPES, 2005.

 

 

 

CROIX L., La douleur en soi. De l'organique à l'inconscient, Paris: Eres, 2002.

 

 

DAGOGNET F., La peau découverte,  Les empêcheurs de penser en rond, Paris: 1993.

 

 

DELEUZE G. & GUATTARI  F.,  Qu'est-ce-que la philosophie ?, Paris: Les éditions de minuit, 1991.

 

DERRIDA J., Question d’étranger venu de l’étranger, in J. Dérida et A. Dufourmontelle, De l'hospitalité, Paris: Calmann-Levy, 1997.

 

DIAMANTIS I., Les phobies ou l'impossible séparation, Paris: Flammarion, 2005.

 

 

 

DUTERTE P., Terres inhumaines, un médecin face à la torture, Paris: Lattes, 2007.

 

 

 

FANON F., les damnés de la terre, Paris: La découverte, 2003.

 

 

 

FASSIN D. et RECHTMAN R., L'empire du traumatisme. Enquête sur la condition de victime, Paris: Flammarion, 2007.

 

 

 

FEDIDA P., L'hypocondrie de l'expérience du corps, Psychopathologie de l'expérience du corps, Dunod, Paris, 2005.

 

 

 

FERENCZI S., Le traumatisme, Paris: Payot, 2007. (Edition intégrant Réflexions sur le traumatisme, extraites de Psychanalyse IV; Traumatisme et construction psychique, tiré de Notes et fragments; ainsi que des extraits du Journal clinique).

 

 

 

FOUCAULT M., Il faut défendre la société, Cours au Collège de France, Année 1975-76, Hautes-Etudes,  Paris: Gallimard, Seuil, 1997.

 

 

FREUD S. (1895), Esquisse d'une psychologie scientifique, in 8Naissance de la psychanalyse, Paris: PUF, 1991.

 

 

 

FREUD S. (1915), Métapsychologie, Paris: Gallimard, 1968.

 

 

 

FREUD S. (1919), L’inquiétante étrangeté, in L’inquiétante étrangeté et autres essais, Paris: Gallimard, Folio- Essais, 1987.

 

 

FREUD S. (1930), Malaise dans la culture, Paris: PUF, 1995.

 

 

 

GIARD L. (sous la direction de), Michel de Certeau, Paris: Cahiers pour un temps, Centre Georges Pompidou, 1987.

 

 

 

GREEN A., Le travail du négatif, Paris: Editions de minuit, 1993.

 

 

 

HEIDEGGER M. (1927), L'Etre et le temps, Paris: Gallimard, 1964.

 

 

 

HERRONIERE (de la) E., Tout ce qui en moi n'était pas ou "l'autre vie" de Joë Bousquet, Les carnets de psychanalyse, n° 12, 2002.

 

 

 

INDERMUHLE C., Cristallographies (Montesquieu, Certeau, Deleuze, Foucault, Valéry), Paris: Van Dieren, 2007.

 

 

 

JANKELEVITCH V., L'irréversible et la nostalgie, Paris: Flammarion, 1993.

 

 

 

KEANE T.M., MARSHALL A.D. and TAFT C.T. Posttraumatic stress disorder: etiology, epidemiology, and treatment outcome, Ann. Rev. Clin. Psychol.  2: 1-37, 2006.

 

LEVI  P., Les naufragés et les rescapés, quarante ans après Auschwitz, Paris: Gallimard, 1989.

 

 

 

LEVINAS  E.,  En découvrant l'existence avec Husserl et Heidegger, Paris:1949.

 

 

 

LY  C., Retour au Cambodge, Paris: Les éditions de l'atelier, 2007.

 

 

 

MAHE J.-P. & POIRIER P.-H. (publié par), Ecrits gnostiques. La bibliothèque de Nag Hammadi, Paris: Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2007.

 

MARION-VEYRON R., Processus primaire ou possession moderne ?  Psychothérapies n° 3, 26: 161-6, 2006.

 

 

MEILLASSOU Q., Soustraction et contraction. A propos d'une remarque de Deleuze sur Matière et Mémoire. Philosophie n° 96, p. 67-93, 2007.

 

 

 

NANCY J.-L., L'intrus, Paris: Galilée, 2002.

 

 

 

NASIO J.D., La douleur physique, une théorie psychanalytique de la douleur corporelle, Paris: Payot, 2006.

 

 

 

PESTRE E., L’Etat, le réfugié et son thérapeute. Les conditions de vie psychique des réfugiés. Thèse de doctorat de l'Université paris VII, 2007.

 

 

PETIAU A., Douleur, mémoire familiale, et traumatisme. Une histoire en deux temps. Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratique de réseaux, De Boeck Université,  n° 36, p 33-46, 2006.

 

 

 

SILENT J., Beautiful fragments of a traumatic memory: synaesthesia, Sesame street, and hearing the colours of an abusive past, Trancultural Music Review, n° 10, 2006.

 

 

 

VILLA F., A propos de l'ordinaire et de l'extraordinaire détermination humaine à rester en vie, Le Champ psychosomatique, Corps Extrêmes II, L'Esprit du temps, n° 35, p. 18, 2004.

 

 

 

VILLA F., Le corps sans organe et l'organe hypocondriaque, Champ psychosomatique, L'Esprit du temps, n° 44, p. 33-46, 2006.

 

 

 

WILSON J. & DROZDEK B. (Eds), Broken spirits. The treatment of traumatized asylum seekers, refugees, war and torture victims, New York: Brunner-Routledge, 2004.





[1] Sentir avec l'autre en se mettant à sa place, sans pour autant se confondre avec lui: ni identification, ni introjection.

 

[2]   J.P. Wilson, Empathy, trauma transmission, and countertransference in posttraumatic psychotherapy, in J.P. Wilson & B. Drozdek Eds, Broken spirits, op. cit.

 

[3]     J.P. Wilson, op. cit.

 

[4]     V. Jankelevitch, L'irréversible et la nostalgie, op. cit.

 

[5]     S. Ferenczi, Journal clinique, op. cit.

 

[6]     S. Caliandro, Empathie et esthésie: un retour aux origines, Revue française de psychanalyse, n°3, 68:791-800, 2004

 

[7] E. Pestre, L’Etat, le réfugié et son thérapeute. Les conditions de vie psychique des réfugiés, op. cit.

 

[8] M. de Certeau, Corps torturés, paroles capturées, op. cit.

 

[9] R. Waintrater, Le contre-transfert chez le clinicien-chercheur en situation extrême: les traumatisés, conférence de mastère  psychanalyse et médecine, Paris VII, 2008.

 

[10] A. Schweitzer

 

[11]     P. Levi, Les naufragés et les rescapés, op. cit.

 

[12] M. Tsvétaïéva, Le ciel brûle, op. cit.

 

[13] R. Marion-Veyron, Processus primaire ou possession moderne ? Psychothérapies, 26: 161-6, 2003

 

[14] où, alors, la psychanalyse sort de son champ ?

 

[15] COMEDE, Psycho-traumatisme: trauma et torture, in Guide pratique 2005 de prise en charge médico-psycho-sociale des migrants/étrangers en situation précaire.

 

[16]    Ch. Le Blanc & R. Mathieu (sous la direction de), Philosophes taoïstes, tome II, Huainan zi, Paris: Gallimard, Bibliothèque de la pléïade, 2003

 

[17] B. Cendrars, Pompon, op. cit.

 

[18] J.P. Wilson, Empathy, trauma transmission, and countertransference in posttraumatic psychotherapy, in J.P. Wilson & B. Drozdek Eds, Broken spirits, op. cit.

 

[19]    J. Wilson & B. Drozdek (Eds), Broken spirits. The treatment of traumatized asylum seekers, refugees, war and torture victims, op. cit.

 

[20]    E. Pestre, L’Etat, le réfugié et son thérapeute. Les conditions de vie psychique des réfugiés, op. cit.

 

[21] ou syndrome indien, ou syndrome de Florence: état de dépersonnalisation ressenti par un voyageur dans un lieu émotionnellement chargé pour lui sur le plan culturel, historique, religieux, etc... (Jérusalem, Inde, etc...)

 

[22]    S. Freud, Malaise dans la culture, op. cit.

 

[23] M. de Certeau, Corps torturés, paroles capturées, in L. Giard (sous la direction de), Michel de Certeau, op. cit.

 

[24] P. Levi, Les naufragés et les rescapés, quarante ans après Auschwitz, op. cit.

 

[25]   voir J. Semprun, Le mort qu'il faut, op. cit. Le corps qui se vide physiquement, puisque le "musulman" est souvent en proie à la diarrhée profuse, en relation directe avec ce regard déshydraté: plus que résignation, incapacité physiologique à la réaction à l'environnement.

 

[26]    F. Benslama, La représentation et l'impossible, op. cit.

 

[27]    voir F. Benslama, La représentation et l'impossible, op. cit.

 

[28]     P. Levi, Les naufragés et les rescapés, op. cit.

 

[29]     R. Marion-Veyron, Processus primaire ou possession moderne ?, op. cit.

 

[30]"Décorporation" de la fragmentation suivie d'intégration d'un état d'équilibre supérieur " semblent proches des témoignages de patients ayant expérimenté des états proches de la mort (NDE).

 

[31]    S. Freud, Deuil et mélancolie, in Métapsychologie, op. cit.; Freud y reconnaît son impuissance à aller plus loin dans la psychopathologie de la manie tant que le mécanisme de la douleur n'aura pas été clarifié.

 

[32] "Tout le corps tend à s'échapper, et la Figure tend à rejoindre la structure matérielle", dit encore Deleuze à propos de l'enfant effrayé dans la nuit.

 

[33]S. Ferenczi, op. cit.

 

[34] Dans son roman Acide sulfurique, A. Nothomb décrit la dernière émission de télé-réalité en vogue, Concentration, dans laquelle on propose au citoyen lambda érigé en star de jouer le rôle de Kapo dans des camps-prisons bien réels. Maximum d'audience quand ces Kapos sont interviewés, moment qui permet au public de décharger sur eux - et donc sur soi-même - toute sa haine.

 

[35]     P. Levi, Les naufragés et les rescapés, op. cit.

 

[36] Le Monde, août 2008

 

[37] M. Tsvétaïéva, Le ciel brûle, op. cit.

 

[38] Freud dans Moïse et le monothéisme analyse la "particulière puissance" des "petits morceaux" dispersés d'une origine abandonnée.

 

[39]    M. de Certeau, Economies ethniques, rapport pour l'OCDE, 1985, in La prise de parole, op. cit.

 

[40]    R. Solé, La curiosité cosmopolite, Le Monde, à propos des ouvrages de Kwame App
iah, Pour un nouveau cosmopolitisme, et C. Grunitzky et P. Weil, Transculturalismes.

 

[41]    E. Pestre: Nous pensons qu'une sorte d'opération névrotique corporéisée se produit, au sein de laquelle, l'échec du symbolique est orchestré, à son insu, par le souverain. Le corps est ainsi sacrifié à l'Autre, donné en offrande au pouvoir. Soumis, il tente d'offrir à son hôte ce qu'il attend de lui: des plaies visibles et des douleurs lancinantes. Une jouissance morbide va s'ordonner autour de ces douleurs corporelles chez celui qui souffre d'une "mélancolisation de son corps".

 

[42] M. Tsvétaïéva, Le ciel brûle, op. cit.

 

[43] S. Freud, Complément métapsychologique à la théorie du rêve, in Métapsychologie, op. cit.

 

[44]    M. de Certeau, L'écriture de l'histoire, op. cit.

 

[45]     Le tome II de La fable mystique, dont les fragments confiés à L. Giard attendent depuis plus de 20 ans leur publication.

 

[46]    F. Dosse. Michel de Certeau, le marcheur blessé, Paris, La découverte, 2002

 

[47]    F. Benslama, séminaire sur l'Altérité, op. cit.

 

[48]    "Aufzehrung" de Freud, cité par F. Villa in Le refoulement organique, op. cit.

 

[49]    M. de Certeau, La fable mystique, tome I, Paris: Gallimard, 1987

 

[50]  M. de Certeau, La fable mystique, tome I, ibid.

 

[51]  M. Duras, La douleur, op. cit.

 

[52] Ecrits gnostiques: la bibliothèque de Nag Hammadi , op. cit.

 

Partager cette page

Repost 0
Published by

Recherche

Pages

Catégories

Je Est Un Autre